4/2018

Le leadership doit donner des possibilités

Le monde du travail 4.0 place les dirigeants devant une nouvelle responsabilité: ils doivent créer une culture dans laquelle des nouvelles possibilités sont promues de façon ciblée, mais aussi réglementées.

Au premier abord, il s’agit d’un paradoxe: certes, les collaborateurs qualifiés des entreprises suisses apprécient dans leur majorité les nouvelles possibilités du monde du travail 4.0 – mais ils souhaitent également disposer d’un cadre qui décrit ce qu’il est possible ou impossible de faire. Car les possibilités telles que le Homeoffice, le fait d’être joignable en permanence et l’intervention des réseaux sociaux estompent plus fortement les frontières entre le monde du travail et la sphère privée. Il en résulte une zone grise à l’origine d’un sentiment d’insécurité.

L’étude IAP «L’homme dans le monde du travail 4.0» a montré que peu de collaborateurs bien qualifiés s’attendent à des suppressions de postes à cause de la numérisation. Plus de trois quarts des 630 personnes interrogées, cadres et employés qualifiés ne craignent pas de perdre leur travail. Toutefois, bon nombre d’entre eux perçoivent encore la numérisation comme étant une automatisation. La diversité numérique est encore faiblement exploitée. De ce fait, on s’attend à ce que l’apprentissage numérique soit soutenu et à ce que les employés suisses aient fortement besoin de formation continue. Ce, d’autant plus qu’ils sont conscients que l’autonomie et la responsabilité individuelle augmentent.

Comme toutes les révolutions industrielles précédentes, cette révolution actuelle ne va pas anéantir les postes de travail à très large échelle – mais elle va très probablement modifier les réalités du travail dans une mesure beaucoup plus grande. Le comportement d’apprentissage des gens reste toutefois le même, et ce champ de tension est un grand défi auquel les dirigeants doivent répondre avec beaucoup de sensibilité. Mis à part le fait qu’il n’est pas possible de répondre définitivement à la question de savoir si le personnel peut vraiment s’adapter aux nouveaux défis comme il le prétend en majorité (le nombre de cas de symptômes de burn-out parle de lui-même), il est nécessaire de procéder aussi à des clarifications d’ordre juridique, surtout en ce qui concerne le travail mobile et flexible.

Dompter les incertitudes

Globalement, les enseignements tirés de l’étude quantitative mettent aussi en lumière le fait que les personnes concernées ne peuvent pas être simplement divisées en deux groupes – entre les deux pôles, les points de vue sont souvent très divergents. Les dirigeants doivent donc faire preuve d’un certain tact. Ils doivent dompter les incertitudes des collaborateurs, en les aidant à acquérir les compétences nécessaires pour s’adapter aux possibilités offertes. Font partie de ces compétences l’autogestion, l’organisation et la limitation. Ces qualités doivent être développées non seulement au niveau personnel, mais également dans la structure de la direction et de l’organisation.

Parallèlement, les dirigeants eux-mêmes sont confrontés à de nouveaux défis pouvant difficilement être clairement définis. Les personnes interrogées s'entendent largement pour dire qu’elles n’ont jamais été aussi bien informées, mais elles ne voient toutefois aucun gain en efficacité au niveau des processus de décision. Cela veut tout simplement dire que la quantité d’informations a augmenté, alors que parallèlement, les problématiques deviennent plus complexes et les efforts pour prendre les décisions plus grands.

Les dirigeants doivent accepter le fait de ne plus être en mesure d'avoir les choses «sous contrôle». Ils doivent apprendre à lâcher prise et à déléguer davantage. La conception active des rôles est devenue une tâche de direction inscrite dans la durée, et elle sera encore plus intense avec les formes d’organisation agiles, ceci dans un environnement dans lequel les modèles de conduite les plus divers coexistent déjà au sein de la même entreprise.

  • Christoph Negri
  • Text

Tags: Modèles de travail, Flexibilité, Leadership, Culture d’entreprise

Cet article pourrait également vous intéresser