3/2018

«La mentalité suisse est un atout»

Des compétences de conduite qui étaient plutôt «atypiques en Suisse» prennent de plus en plus d’importance: créativité, flexibilité, goût du risque et même la propension au conflit correspondent à la tendance dans un monde du travail numérique. C’est ce que montrent les résultats intermédiaires de l’enquête ASC «Leadership – The Swiss Way», mise au point avec Kalaidos Haute école spécialisée. La psychologue du travail, Daniela Disler, explique ce que cela signifie pour les futurs dirigeants.

Les caractéristiques «typiquement» suisses comme la conscience de la qualité, la loyauté et l’orientation vers la performance sont considérées comme moins importantes pour l’avenir par les participants au sondage. Source: sondage ASC/Kalaidos FH
Madame Disler, à l’avenir les cadres suisses auront besoin de nombreuses qualités qui ne sont pas jugées «typiquement suisses». Avons-nous un problème?

Je vais être prudente: les résultats de notre enquête ne permettent pas de tirer une telle conclusion absolue. Mais ils suggèrent que la Suisse ne peut pas se reposer sur ses atouts traditionnels concernant les compétences de conduite. L’étude soulève en outre de nouvelles hypothèses et questions.

Lesquelles concrètement?

La question de savoir comment on en vient à ces évaluations: elles cachent très probablement l’évolution de notre monde du travail. Celui-ci devient plus flexible, rapide et agile, moins planifiable. Selon les résultats de l’enquête, des compétences «atypiques en Suisse», par exemple la propension au risque, deviennent nécessaires, parce que des décisions plus rapides et plus fréquentes sont requises et qu’il y a moins de temps pour la collecte d’informations et l’évaluation.

L’évolution nous impose de nouvelles valeurs?

On peut l’interpréter ainsi. Sachant qu’il y a une certaine divergence entre les études qui attestent une grande capacité d’innovation à la Suisse dans une comparaison internationale et la perception des participants à notre enquête: 40% confirment la proposition selon laquelle la Suisse a eu tendance à rater le train de la numérisation et d’autres pays sont plus innovants à cet égard.

Se pourrait-il que la modestie «typiquement suisse» nous joue un tour?

On peut très bien imaginer que nous portions sur nous un regard plus critique que nécessaire. Ou que les cadres suisses ont une conception de la qualité peut-être trop rigoureuse.

Les résultats vous surprennent-ils dans l’ensemble?

Non, parce que les conclusions s’inscrivent dans la droite ligne des changements que traversent les conditions de travail. L’importance du leadership demeure et peu même encore s’accentuer. Ainsi, des valeurs jugées «typiquement suisses» telles que l’estime réciproque et l’esprit d’équipe prennent de l’importance dans un monde de plus en plus numérique, virtuel et mondialisé. Les défis sont par conséquent de taille pour l’encadrement.

Comment les dirigeants de la prochaine génération doivent-ils réagir?

A une époque où on ne travaille plus pendant vingt ans dans la même société et où de nombreuses alternatives passionnantes sont disponibles, des aspects tels que la quête de sens ou l’implication des collaborateurs dans les décisions prennent de l’importance. C’est également ce que montre le sondage.

Les jeunes possèdent-ils déjà ces valeurs à la base?

Ce serait un signe positif que la jeune génération intègre déjà les valeurs d’avenir ou soit en mesure d’acquérir des comportements correspondants en fonction de la situation. Je souhaiterais néanmoins mettre en garde contre la catégorisation «jeune» et «vieux», parce que la recherche a montré que le fossé entre les générations n’était pas si prononcé en termes de valeurs. Les résultats de l’enquête m’incitent à l’optimisme: ils montrent que les valeurs inspirées de notre système politique, par exemple la concorde, sont très répandues dans les entreprises suisses. C’est une ressource importante.

Dans quelle mesure?

Un des atouts majeurs de la Suisse réside dans notre compréhension du vivre ensemble qui se reflète dans les entreprises. C’est la base de l’intégration des impulsions émanant d’un environnement en pleine mutation et des jeunes générations ainsi que de l’acceptation d’avis divergents. Et ce sont des conditions importantes de la créativité, de la flexibilité, de la propension au risque et enfin de l’innovation.

Leadership – The Swiss Way

A l’occasion de son 125e anniversaire, l’ASC réalise en 2018 l’étude «Leadership – The Swiss Way» en collaboration avec Kalaidos Haute école spécialisée. Des cadres peuvent participer à l’enquête en complément des nombreux portraits et affirmations explicites concernant la conduite dans un esprit suisse (sur swissleaders.org). Depuis mars 2018, plus de 350 personnes se sont exprimées sur le présent et l’avenir de la conduite en Suisse. Les points discutés ici sont issus du résultat intermédiaire de l’enquête.

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