3/2018

Une conduite sportive

Jan Wurzbacher et Christoph Gebald sont les meilleurs amis, créateurs et co-CEO de l’entreprise Climeworks essaimée par l’EPF, qui fait partie du TOP 100 des «Swiss Startups» ainsi que des finalistes du concours climatique «Virgin Earth Challenge» lancé par Richard Branson et Al Gore. En 2017, Climeworks a mis en service à Hinwil la première installation commerciale de capture du CO2 dans l’air. D’ici 2025, les deux ingénieurs mécaniques entendent extraire 1% des émissions mondiales de CO2 de l’air grâce à leur société et ainsi contribuer à résoudre le problème du changement climatique.

Comment dirige-t-on une société de près de 50 collaborateurs en tant que co-CEO?

Christoph Gebald: Nous avons créé la société en 2009 et la dirigeons ensemble depuis cette date. Cela fonctionne très bien, parce que nous nous connaissons depuis 15 ans. Dans les affaires courantes, nous avons des attributions distinctes, mais nous assumons ensemble les thématiques importantes, par exemple les négociations avec de gros clients.

Que signifie pour vous «diriger»?

Jan Wurzbacher: Pour moi, diriger signifie motiver une équipe pour qu’elle donne chaque jour le meilleur d’elle-même. Nous avons débuté à deux en 2009 et à l’époque nous faisions beaucoup nous-mêmes. Aujourd’hui, ce serait totalement impossible. Tout l’art du dirigeant consiste à faire en sorte qu’une société de près de 50 collaborateurs soit 25 fois plus efficace que nous l’étions à deux à l’époque.

Christoph Gebald: Pour moi, diriger signifie m’assurer en fin de journée que nous avons été en mesure de développer notre vision. Le facteur humain est essentiel à cet égard, car les Climeworkers, nos collaborateurs, représentent le principal actif de Climeworks.

Diriger signifie pouvoir développer notre vision.
Vous aviez une vingtaine d’année lorsque vous avez créé la société. Quel conseil donneriez-vous à un jeune?

Jan Wurzbacher: A chaque fois qu’on se demande si on doit se lancer ou non, il faudrait simplement se jeter à l’eau.

Quelles qualités dirigeantes associez-vous à la Suisse?

Christoph Gebald: La Suisse est à mes yeux synonyme de proximité et d'une grande humanité. Je trouve par exemple extrêmement typique pour la Suisse la rapidité avec laquelle on se tutoie et le fait d’échanger souvent sur un pied d’égalité. C’est différent en Allemagne.

Jan Wurzbacher: Je pense que les sociétés suisses se distinguent par une qualité de conduite très professionnelle et structurée. Bien qu’elles prennent peut-être un peu plus de temps, les innovations suisses sont souvent plus fondées qu’ailleurs.

Avec la mise en service de votre installation de filtration du CO2 à Hinwil, vous avez créé une sensation mondiale. Quelles valeurs la Suisse devrait-elle conserver pour que nous restions à la pointe de l’innovation à l’avenir?

Christoph Gebald: Je pense que notre action chez Climeworks reflète parfaitement les valeurs de la Suisse. D’une part nous avons la tête dans les étoiles, d’autres part nous avons les deux pieds bien ancrés dans la réalité. Tant que la Suisse permettra de combiner ainsi une pensée visionnaire et du pragmatisme, elle produira des innovations disruptives et prometteuses.

Jan Wurzbacher: Le professionnalisme ainsi que l’efficacité de la conduite, et plus généralement de la gestion, sont une grande force qu’il faut conserver. Il devrait en revanche être possible d’avancer parfois d’un ou deux pas, même si on ne sait pas encore précisément où l’on met les pieds. A cet égard, nous étions peut-être plus audacieux autrefois. Je trouve que le monde suisse des affaires, autrement dit les sociétés mais aussi les investisseurs suisses, devraient avoir davantage confiance en eux.

  • Sunnie Groeneveld
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Tags: Entretien, Leadership, Culture d’entreprise

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